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Sauver Jean-Zay du bétonnage
LE MONDE | 10.01.08 | 15h32 Mis à jour le 10.01.08 | 15h32
La résidence universitaire Jean-Zay est une quinquagénaire
fatiguée, mais encore très convoitée. Tournant le dos
au parc de Sceaux, près du centre-ville d'Antony (Hauts-de-Seine),
elle déploie son opulente carcasse au milieu d'un bois de 11 hectares
à vingt minutes de Paris.
Les milliers d'automobilistes qui passent sur la nationale 186 sont familiers de ce paysage de barres de béton. Mais pour combien de temps encore ? La communauté d'agglomération des Hauts-de-Bièvre, dont fait partie la ville d'Antony, a demandé à l'Etat de lui transférer, à titre gratuit, les bâtiments et les terrains. La décision est attendue à la mi-janvier.
Ce transfert suscite de nombreuses inquiétudes, notamment chez les
résidents, qui craignent, à terme, une destruction partielle
ou totale de Jean-Zay et la vente des terrains à des promoteurs privés.
"Depuis vingt-cinq ans, la cité a été laissée
à l'abandon", explique Michaël Zemmour, chargé du
dossier à l'Union nationale des étudiants de France (UNEF).
"Quarante-cinq millions de travaux sont nécessaires pour remettre
en état les 2 100 chambres de la résidence, soit 16 % du logement
social étudiant en Ile-de-France. La communauté d'agglomération
n'a ni l'envie ni les moyens de le faire", poursuit le représentant
étudiant.
LE NEC PLUS ULTRA EN 1955
"Cette résidence est gigantesque, mal entretenue et totalement
ingérable", estime, pour sa part, Jean-Yves Sénant, maire
(UMP) d'Antony et vice-président de la communauté d'agglomération
des Hauts-de-Bièvre. "Nous voulons reconstruire de petites résidences
étudiantes aux normes actuelles, à Antony et dans les villes
alentour, projette-t-il. Personne n'a envie aujourd'hui d'habiter dans des
chambres de 9 m2 avec des sanitaires collectifs !"
Cinquante-trois ans après son ouverture, la résidence d'Antony, la plus grande d'Europe, a perdu de sa superbe. Dans les interminables couloirs revêtus d'un lino brunâtre troué, derrière les portes à la peinture écaillée, les souvenirs de son concepteur, l'architecte Eugène Beaudoin, disciple de Le Corbusier, et des designers Jean Prouvé et Charlotte Perriand, sollicités pour l'aménagement intérieur, ont depuis longtemps disparu.
Les derniers exemplaires des lits "Antony" et des bureaux "Compas", de Jean Prouvé, qui figurent aujourd'hui parmi les meubles les plus cotés du XXe siècle, ont fini leur vie entassés dans un coin, avant d'être dérobés il y a quelques années. Difficile d'imaginer aujourd'hui que la cité U était considérée, en 1955, comme le nec plus ultra en la matière. Avec ses petits deux-pièces réservés aux couples mariés, sa bibliothèque, son restaurant, sa salle de spectacle, mais aussi ses quatre crèches et son école, Jean-Zay avait tout de la cité U modèle. En 1956, un certain Lionel Jospin y est admis. Le début d'une longue liste de résidents, devenus célèbres comme Claude Allègre, l'ancien préfet de Corse Claude Erignac, le président camerounais Paul Biya ou le rappeur MC Solaar.
A l'image de Marie-Jo Weil-Ehrhard, vice-présidente de l'association Les amis de la résidence universitaire Jean-Zay, qui milite pour la préservation de la cité U, beaucoup d'anciens, plus anonymes, sont nostalgiques de ce lieu. "Je suis arrivée à Antony en 1964. Je venais de ma province, vivre ici a été pour moi une ouverture sur le monde extraordinaire", raconte cette sociologue aujourd'hui retraitée.
Amandine Crépeau, 19 ans, étudiante en droit à Nanterre, a découvert, elle, la résidence, il y a trois mois. "Le lieu n'est pas très accueillant, mais j'ai repeint ma chambre, remplacé la moquette et changé le lit, et j'ai réussi à me créer un environnement correct", estime-t-elle. Djamel Kirat, 27 ans, étudiant en sciences économiques à Paris, habite, lui, une chambre du pavillon C, depuis six ans. "Il ne faut pas croire que nous nous agrippons à cette résidence. Vous avez vu comme c'est ici", explique-t-il en balayant du regard sa chambre à la tapisserie défraîchie. "Mais ceux qui vivent ici n'ont pas le choix." A 134 euros par mois pour une chambre individuelle, le tarif reste très bas.
L'argument est mis en avant par la conseillère régionale (PS), Pascale Le Néouannic. "Non seulement la reconstruction coûtera trois fois plus cher que la réhabilitation, mais elle fera aussi augmenter les loyers", avertit Mme Le Néouannic. Sur sa proposition, mardi 18 décembre 2007, la région Ile-de-France a débloqué 2 millions d'euros. "C'est un premier pas", a réagi l'UNEF, mais "seul un plan de réhabilitation du ministère de l'enseignement supérieur peut aujourd'hui sauver la résidence". Au ministère, on assure qu'aucune décision ne sera prise avant la remise du rapport du député de Saône-et-Loire, Jean-Paul Anciaux (UMP), sur le logement étudiant, prévu pour la mi-janvier 2008.
Catherine Rollot
Article paru dans l'édition du 11.01.08
Le local fermé, la prière s'est
faite sur les pelouses
LE MONDE | 10.01.08 | 15h32 Mis à jour le 10.01.08 | 15h32
lusieurs centaines d'étudiants musulmans se sont retrouvés,
vendredi 4 janvier, sur les pelouses de la résidence universitaire
d'Antony, pour prier, après la fermeture, l'avant-veille, de la salle
qui leur tenait lieu de mosquée. Toléré depuis trente
ans, ce local, situé dans la résidence, a été
déménagé et fermé, mercredi 2 janvier, à
la demande du Crous (Centre régional des oeuvres universitaires et
scolaires) de Versailles. Officiellement ce déménagement intervient
pour des motifs de sécurité. "Cette salle devait fermer
conformément à ce que préconisait la commission de
sécurité en octobre 2006", explique Françoise
Bir, directrice du Crous de Versailles, qui ne cache pas que l'existence
d'un lieu de culte au sein d'un établissement public pose aussi problème.
"Je dois faire respecter les principes de laïcité, poursuit
Mme Bir. Un nouveau local pourra être mis à la disposition
des étudiants, mais uniquement dans le cadre de rencontres culturelles
et non religieuses."
Les étudiants musulmans qui gèrent la salle de prière
réfutent ces arguments. "Il n'y a jamais eu aucun problème
de sécurité dans cette salle. De plus, le règlement
intérieur du Crous prévoit la pratique religieuse, dans la
mesure où elle s'exerce dans le respect des libertés individuelles
des étudiants", soutient Charafeddine Djabou, un des membres
du collectif qui demande la réouverture. Fréquentée
par une petite centaine d'étudiants en semaine, cette salle accueille
le vendredi, jour de la grande prière, plus de 500 fidèles,
dont une partie sont extérieurs à la résidence. Une
pétition qui aurait recueilli près de 1 500signatures circule.
Vendredi, Dalil Boubakeur, président du Conseil français du
culte musulman (CFCM), qui a été interpellé par le
collectif, a expliqué qu'il espérait "un compromis",
tout en se disant favorable à ce que le lieu n'accueille plus de
personnes extérieures à la résidence.
Catherine Rollot
Article paru dans l'édition du 11.01.08
Réactions des abonnés du Monde.fr
à la lecture de cet article.
GEORGES S.
11.01.08 | 17h09
etant passe devant tous les jours pdt longtemps, j'ai toujours plaint les
pauvres habitants de ces taudis, a qq centaines de metres du luxe de centrale.
Et puis bon il faut avouer que maintenant elle fait tache a cote de la fontaine
pharanonique qui brille de milles feux a l'entree d'Antony. Antony verrait
surement mieux des cités U privées sur sa commune
Johan Chupin
11.01.08 | 14h43
La droite locale veut remplacer les chambres de 9 m2 par des studios
individuels de 18 m2. A 134 € par mois ? Pour tous les étudiants
? Dans la ville où le député est Patrick Devedjian
? Mon oeil. Rappelons que la Résidence est une offre de logement
social étudiants. Pourquoi des chambres rénovées avec
des espaces collectifs modernisés ne feraient pas l'affaire ? Volonté
de supprimer tous collectifs pour favoriser l'entraide dans les études
? Cela serait vraiment dommage pour notre société
Johan Chupin
11.01.08 | 14h29
La résidence un ensemble de barres de béton ? Non. C'est
plutôt un monument historique abandonné. Allez voir l'architecture
et les photos des bâtiments sur le site amisrua.antony.free.fr. Beaucoup
mieux que des barres de béton ! L'architecte Eugène Beaudoin
a été grand prix de Rome en 1928. Il a conçu et diriger
le plan durbanisme du secteur Maine Montparnasse ainsi que le plan
durbanisme du quartier du port à Marseille mais aussi de nombreuses
réalisations architecturales principalement avec Loos à Bagneux,
à Clichy la maison du peuple avec Prouvé semblable à
la RUA, la cité de Rotterdam à Strasbourg et également
un groupe scolaire à Antony.
JEAN CHRISTOPHE B.
11.01.08 | 09h15
L'Australien a raison : on trouve vers Antony et Sceaux des piaules de 9m2
à 400 euros voire plus sur le marché privé ! Mais je
m'interroge, alors que la Communauté d'Agglomération veut
"récupérer" la Résidence Jean Zay pour la
détruire (quelle opération immobilière en perspective,
comme les édiles des Hauts de Seine en ont le secret !), sur l'opportunité
médiatique de résoudre aujourd'hui le "problème"
de la salle de prières, qui existe depuis 30 ans ? Ce télescopage
est tout sauf innocent..
l'australien
10.01.08 | 21h30
"Personne n'a envie aujourd'hui d'habiter dans des chambres de 9 m2"
Reveille-toi mon ami, je connais pas mal de gens qui a Paris vivent dans
des studios de 9 m2 pour des loyers bien superieurs! Interdisont la subdivision
des appartements Parisiens!
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